Décompression lombaire

Décompression lombaire

L4-L5, L5-S1 : ce que la table traite, et comment

Deux niveaux reviennent sans cesse sur les comptes rendus d'IRM du bas du dos : L4-L5 et L5-S1. Ce sont eux qui portent l'essentiel du poids du tronc, eux qui s'usent en premier, et eux que la table de décompression cible le plus souvent. Cette page est consacrée à la décompression vertébrale lombaire : ce qu'elle traite, à quoi ressemble une séance, et ce que l'on peut en attendre, études à l'appui. Pour le cou, la page sur la décompression cervicale répond aux mêmes questions.

Pourquoi L4-L5 et L5-S1 ?

La colonne lombaire compte cinq vertèbres, et les deux derniers disques font la jonction entre une colonne qui bouge et un bassin qui ne bouge presque pas. À chaque flexion, à chaque port de charge, ce sont eux qui absorbent la transition. Ce sont aussi, de loin, les deux disques où l'on trouve le plus de hernies, précisément parce qu'ils encaissent le plus.

Le niveau touché se lit souvent dans la jambe. Une hernie L4-L5 irrite en général la racine L5 : la douleur descend sur le côté de la cuisse et de la jambe, jusqu'au dessus du pied et au gros orteil, et relever le pied devient difficile. Une hernie L5-S1 touche plutôt la racine S1 : douleur à l'arrière de la cuisse et du mollet, jusqu'au talon et au bord externe du pied, avec un réflexe achilléen qui s'affaiblit. Je compare ce trajet à votre IRM avant de proposer quoi que ce soit, parce qu'une hernie visible n'est pas toujours celle qui fait mal.

Ce que la décompression lombaire traite, et ce qu'elle ne traite pas

Elle s'adresse d'abord aux douleurs qui viennent du disque : hernie ou protrusion L4-L5 ou L5-S1, avec ou sans sciatique ; discopathie dégénérative, avec un disque pincé qui fait mal assis et au redressement ; lombalgie qui revient par épisodes depuis des années sur le même niveau. Dans le canal lombaire étroit, elle peut soulager sans élargir le canal, et je le dis d'emblée pour que l'attente soit juste.

Elle n'est pas indiquée devant une fracture, une ostéoporose sévère, une tumeur ou une infection vertébrale, une grossesse, ou une opération du dos récente. Et elle ne remplace jamais un médecin devant une perte de force qui progresse, des troubles pour uriner ou une anesthésie du périnée : ces signes se voient aux urgences, pas sur une table. Les contre-indications sont détaillées sur la page principale de la décompression.

Une séance de décompression lombaire, pas à pas

Vous êtes allongé sur la table, le plus souvent sur le dos, genoux soutenus, avec un harnais autour du bassin et un autre autour du thorax. La table tire lentement sur le bassin, tient quelques dizaines de secondes, relâche, et recommence, pendant quinze à trente minutes selon le protocole. La force est réglée pour vous, en général entre 30 et 60 kg pour le rachis lombaire, et elle monte progressivement d'une séance à l'autre. Vous tenez un bouton d'arrêt dans la main. La sensation attendue est celle d'un étirement du bas du dos, pas d'une douleur ; si quelque chose tire dans la jambe, on baisse.

La traction n'est qu'une partie de la séance : avant, j'examine ce qui a changé depuis la dernière fois ; après, je traite à la main ce que la table ne fait pas, les muscles qui verrouillent, les hanches, le bassin. Le tout tient dans une consultation d'ostéopathie de quarante-cinq minutes environ, au cabinet de Paris 6, sur une table Triton DTS.

Combien de séances pour le bas du dos

Le plus souvent 10 à 15 séances, réparties sur 3 à 4 mois : une à deux par semaine au début, pas davantage, puis on espace à mesure que la douleur recule. Un point est fait vers la cinquième ou sixième séance ; si rien n'a bougé, on ne s'entête pas, on revoit le diagnostic. Chaque séance coûte 100 €, comme une consultation d'ostéopathie, sans ordonnance et sans remboursement de la Sécurité sociale ; la plupart des mutuelles en prennent une partie. Le détail est sur la page des tarifs de la décompression.

Ce que disent les études sur la décompression lombaire

Je préfère citer les études telles qu'elles sont, y compris quand elles nuancent.

Apfel et ses collègues (2010) ont suivi 30 patients lombalgiques chroniques traités six semaines sur une table motorisée, avec un scanner avant et après : la douleur est passée de 6,2 à 1,6 sur 10 et la hauteur des disques a augmenté, les deux évolutions étant corrélées. C'est une cohorte rétrospective, sans groupe témoin ; elle montre une association, pas une preuve de cause.

Choi et ses collègues (2015) ont comparé, chez 30 patients porteurs d'une hernie lombaire, la décompression à une traction classique, quatre semaines dans les deux cas : douleur, incapacité et lever de jambe tendue s'améliorent dans les deux groupes, sans différence entre eux.

Demirel et ses collègues (2017), dans un essai en double aveugle sur 20 patients, ont ajouté la décompression à un programme de kinésithérapie. Les deux groupes s'améliorent, cliniquement et sur l'IRM à trois mois ; la hernie diminue davantage dans le groupe décompression, sans que la différence atteigne le seuil statistique. Les auteurs concluent que la décompression est un appoint utile aux autres méthodes, pas un traitement isolé.

Koçak et ses collègues (2018) ont tiré au sort 48 patients entre une traction motorisée classique et une table DRX9000, vingt séances en six semaines : douleur, fonction et humeur s'améliorent nettement dans les deux groupes, sans que la décompression fasse mieux à court terme.

Enfin, l'essai néerlandais de Peul (2007), publié dans le New England Journal of Medicine, rappelle le cadre. Chez 283 patients avec une sciatique sévère depuis six à douze semaines, opérer tôt soulage plus vite, mais à un an, 95 % des patients des deux groupes se disent rétablis, opérés ou non. Autrement dit, hors urgence, prendre le temps d'un traitement conservateur bien conduit ne fait pas perdre de chance.

Ce que je retiens de tout cela : la traction axiale du bas du dos soulage, la table permet de la doser finement et sans douleur, et c'est le protocole complet, la table, le travail manuel et ce que vous faites entre les séances, qui fait le résultat, et non la machine seule.

Références

  • Apfel CC, Cakmakkaya OS, Martin W, Richmond C, Macario A, George E, Schaefer M, Pergolizzi JV. (2010). Restoration of disk height through non-surgical spinal decompression is associated with decreased discogenic low back pain: a retrospective cohort study. BMC Musculoskeletal Disorders, 11:155. PMID 20615252
  • Choi J, Lee S, Hwangbo G. (2015). Influences of spinal decompression therapy and general traction therapy on the pain, disability, and straight leg raising of patients with intervertebral disc herniation. Journal of Physical Therapy Science, 27(2):481-483. PMID 25729196
  • Demirel A, Yorubulut M, Ergun N. (2017). Regression of lumbar disc herniation by physiotherapy. Does non-surgical spinal decompression therapy make a difference? Double-blind randomized controlled trial. Journal of Back and Musculoskeletal Rehabilitation, 30(5):1015-1022. PMID 28505956
  • Koçak FA, Tunç H, Tomruk Sütbeyaz S, Akkuş S, Köseoğlu BF, Yılmaz E. (2018). Comparison of the short-term effects of the conventional motorized traction with non-surgical spinal decompression performed with a DRX9000 device on pain, functionality, depression, and quality of life in patients with low back pain associated with lumbar disc herniation: a single-blind randomized-controlled trial. Turkish Journal of Physical Medicine and Rehabilitation, 64(1):17-27. PMID 31453485
  • Peul WC, van Houwelingen HC, van den Hout WB, Brand R, Eekhof JA, Tans JT, Thomeer RT, Koes BW. (2007). Surgery versus prolonged conservative treatment for sciatica. New England Journal of Medicine, 356(22):2245-2256. PMID 17538084

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Les informations présentes sur cette page sont à visée informative.

Elles ne remplacent pas une consultation médicale.


Arnaud Marguin — Ostéopathe D.O.

Diplômé de l'École d'Ostéopathie de Genève (2006)

Inscrit au General Osteopathic Council (GOsC) — n°8938

Membre du Registre des Ostéopathes de France (ROF)

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